10. Elephant Man

Les gens qui doutent – Anne Sylvestre

 

Vous connaissez Steven Spielberg.

Les Dents de la mer, E.T, Jurassik Park, La liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan, Munich, etc.. Pour ne citer que les plus connus.

« Duel » est son premier long métrage, tourné au départ pour la télévision et qui fut produit pour le cinéma, au regard de son succès local.

Il fut réalisé en 1971 avec un budget ridicule, mettant en scène un seul acteur non figurant. C’est l’histoire vraie d’un automobiliste poursuivit par un énorme poids-lourds. On est pris par le suspens haletant de cette course poursuite à travers la Californie. On ne voit jamais le visage du routier. Je ne vous dirais pas la fin de ce petit chef d’œuvre.

Mais, ce qui rend ce film insupportable, c’est que l’on ne comprend pas pourquoi cet homme ordinaire est harcelé par un monstre invisible, dont l’issue de la confrontation reste incertaine jusqu’à son épilogue.

Dans la maladie, vous n’êtes jamais vraiment seul. Vous avez un adversaire. Que vous le souhaitiez ou non, il vous accompagne. Il ne vous lâche pas. C’est un pitbull. Parfois il fatigue. Mais vous gagnez rarement. On parle de rémission. Jamais de guérison. On discute d’espérance de vie à quelques mois, un an, deux ans, etc. Pour moi, c’est 55% à cinq ans par exemple. Cela signifie que cinquante cinq personnes sur cent sont en vie, cinq ans après le début de la maladie. Puis, dans la rémission, on prend en compte le confort de vie. C’est une autre histoire.

Justement, comme histoire, j’en ai une.

Un homme, qu’on appellera Simon, prétendait avoir obtenu ce que toute personne ordinaire de son rang désire à un moment de sa vie : une épouse charmante, aimante et dévouée. Des enfants en bonne santé et brillant à l’école. Un travail qui lui permettait de profiter d’un niveau social confortable. Des amis fidèles et une famille soudée.

Seulement, il n’était pas satisfait de son quotidien car il s’ennuyait d’habitudes bien ancrées et de banals projets.

Un soir, il fit, comme à l’habitude, sa promenade dans le parc situé à proximité de son domicile. Il y remarqua un vieil homme allongé sur un banc et mal en point.

Il s’approcha de ce vieillard pour tenter une conversation. Mais l’homme, apparemment, à l’aube de sa vie avait du mal à s’exprimer. Simon tendit l’oreille au plus près des lèvres sèches du mourant. Il entendit alors quelques mots prononcés avec balbutiements: Si tu veux être heureux, « Parapluie vert de chine ». Il termina ces quelques mots par un dernier soupire. Simon appela les secours, mais il était trop tard.

Simon rentra chez lui, accablé, mais silencieux et n’en dit rien à son épouse.

Le lendemain soir, sa femme le trouvant d’humeur inhabituelle, il se résolu à lui parler de cet événement troublant. Mais quels sont ces mots lui demanda-t-elle à la fin de son récit ?

Simon hésita puis lui dit : «  Parapluie vert de chine ».

Elle ne réagit pas, mais au lendemain soir, Simon trouva la maison vide de son épouse et de ses enfants. Elle avait emporté tous ses effets personnels. Simon comprit qu’elle ne reviendrait pas.

Le sol s’effondrait sous ses pieds. Il ne comprenait pas une telle réaction de la part de sa bien aimée.

Le lendemain au cours de sa journée de travail, il se confia à son collègue et ami, qui lui conseilla de prendre quelques jours de congés. Simon n’avait pas prononcé les mots fatals.

Il rencontra le Directeur qui, connaissant Simon depuis de nombreuses années, demanda des précisions sur ses difficultés. Simon raconta son histoire.

Le directeur voulu connaître les mots prononcés par l’homme du parc. Simon refusa de peur de la réaction de son supérieur. Ne vous inquiétez-pas Simon. Celui-ci, rassuré, dit alors : « Parapluie vert de Chine ».

Son interlocuteur ne dit rien, mais pendant son congé, Simon reçu une lettre de licenciement pour faute lourde, sans préavis, ni indemnités.

N’ayant plus aucune attache, il décida de traverser le monde afin de trouver la signification de ces mots qui lui avaient déjà fait tant de mal.

Son voyage dura des années et Simon fut confronté tout au long de son parcours à un isolement et un rejet unanimes. A chaque fois qu’il prononçait ces mots, les gens le repoussaient avec violence. Mais il ne se décourageât pas. IL voulait avant de mourir connaître la signification de ces termes : « Parapluie vert de Chine. »

Très vieux et malade, Simon, marchant avec difficulté et déshydraté dans un désert chaud d’Afrique, finit par s’écrouler, sentant sa fin proche. C’est alors, qu’un jeune homme apparut et vint à son secours. Simon refusa l’eau que lui proposait son sauveur mais lui demanda s’il connaissait la signification de : « Parapluie vert de Chine ». Le jeune homme acquiesça : Bien sur, ces mots sont la clef du bonheur.

Je vais mourir. Donnez-moi la solution de ce que j’ai cherché vainement tout au long de ma vie.

Le jeune homme dit alors, s’approchant de l’oreille de Simon : « Parapluie vert de Chine » veut dire…

Mais, Simon ne connut jamais la vérité, car il mourut avant que le jeune homme eût terminé sa phrase.

Après le rendez-vous avec mon médecin, le Docteur Lapierre, mercredi 3 mai, celle-ci m’annonce qu’il faut attendre encore un mois pour Le TEP-Scan. Il y a eu un oubli administratif. Ca arrive.

Les résultats me seront délivrés par le Professeur Garrel à Gui de Chauliac. On verra bien.

J’ai remarqué un affaissement prononcé de la partie droite de mon visage (Celle qui est paralysée), ainsi qu’un gonflement à la base du cou formant une sorte de goitre. Je crains que le greffon nerveux mis en place après la seconde opération n’ait pas trouvé sa place.

On dirait « Elephant Man ».

Dans le supermarché, aux gens qui me dévisagent, je me sens obligé de dire :

« Je ne suis pas un monstre, je ne suis pas un animal, je suis un être humain »

S’ils me laissent entrer dans le bureau de vote, demain je vais faire mon devoir citoyen.

Et vous ?

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8 réflexions sur “10. Elephant Man”

  1. Tes écrits me touchent énormément…Je passe te voir après la campagne des législatives…Je fais le tour des circonscriptions pour rencontrer des candidats. Je souhaiterais qu’ils aient ta profondeur et ta sensibilité…Courage !

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