12. L’Ombre

 » Africa »  Ismaël Lô

 

Interdit aux âmes sensibles et aux moins de 18 ans.  ( Censuré)

Oui, je sais, l’avertissement est un peu racoleur. Mais comprenez-moi, je perds des lecteurs. Quand ça va un peu mieux, les gens vous lâchent. Alors je vais me rattraper.

Ces dix derniers jours m’ont été particulièrement pénibles. Moi qui croyais avoir déjà ressenti le niveau de douleur maximum, lors de mes péripéties chirurgicales et effets secondaires de radiothérapie récente. J’étais loin du compte. Tout ça est très subjectif naturellement. En tout cas, en ce qui me concerne, lors de ces derniers jours, j’ai atteint le seuil du supportable. Cris de bébé et perte de connaissance. Pour trois fois rien, en plus. C’est ça, la perte de dignité. Vous contrôlez plus rien.

Bon alors, accouche !!

Justement c’est un peu comparable, m’a-t-on dit.

Il faudrait utiliser un Pupillomètre, pour comparer. Un instrument révolutionnaire qui mesure la douleur selon la dilatation des pupilles.

Sauf que dans mon cas, ce n’était pas pour la bonne cause. Je cumule, vous comprenez.

Un peu comme le type qui sort de chez son oncologue, apprenant qu’il lui reste deux mois à vivre. Il se casse les deux jambes dans l’escalier de l’hôpital. Et on lui apprend qu’il devra rester dans un fauteuil pendant ces deux mois qui lui restent.

J’exagère. Mais c’est pour que certains comprennent. Une angine, quand tout le reste va bien, c’est « peanuts ». Mais, en même temps, si vous avez un cancer de la gorge, c’est pas de chance.

Pour ceux qui n’ont pas lu mes chapitres précédents, je suis dans un contexte de post traitement, chirurgie et radiothérapie, pour un carcinome adénoïde kystique de la parotide droite, avec ablation du nerf facial (paralysie) et effets secondaires importants. J’ai perdu 25 kg.

Bon, je commence.

Dans la nuit du 4 au 5 juin, des douleurs modérées. Je ne m’inquiète pas. Ca fait partie de mon quotidien. Je ne suis pas allé aux toilettes depuis dix jours. Mais, ne mangeant que très peu, c’est logique.

Et puis, ça persiste et m’empêche de me reposer.

Direction, les toilettes.

Rien, macache, walou, que t’chi, niet, ca vient pas.

Je suis emmerdé. Ah ! Commencez pas à rire !

Retour au lit. J’ai dû faire six aller-retour. Je me résous à prendre du Microlax (pour les connaisseurs.) Pas mieux. Mais du coup, les douleurs s’intensifient. Toujours pas d’exultation. Je m’angoisse. Cette situation m’est déjà arrivée, de mon vivant. Mais s’est toujours bien terminée.

N’en pouvant plus, je prends une nouvelle initiative. Lavement Normacol. C’est un peu comme la soude pour déboucher un évier. Ca ne fait pas dans la dentelle. Il faut fermer les chiottes à double tour. Après, si ça marche pas, y-a plus que la perceuse à percussion… Mal m’en a pris.

Les douleurs, dans ce cas, c’est normal. Ce sont les contractions qui permettent d’évacuer.

Ca commence à venir. Puis ça s’arrête. Terminus. Tout le monde descend. Je suis coincé. Je ne peux plus marcher. Le moindre mouvement est une torture. Je demande à ma fille d’appeler SOS Médecins. Pas question, qu’elle me dit. Elle sent que quelque chose ne va pas. Elle appelle le SAMU. Pour une occlusion, c’est trois quart d’heure d’attente. On est pas dans l’urgence absolue paraît-il. Elle prend l’initiative de m’emmener directement aux urgences de la Clinique du Parc, près de chez moi. Je hurle au moindre mouvement du véhicule. C’est un bon test pour vérifier la qualité de vos amortisseurs. J’engueule ma fille. Elle me répond : Moi aussi, je t’aime Papa. Arrivé aux urgences. Je suis pris tout de suite. Ils ont un cinquième sens, pour ça, les urgentistes. Au premier coup d’œil, ils ont vu que c’était pas du social. L’urgentiste m’accompagne. Je suis sur brancard. Cabine des urgences. On ferme les rideaux. Ma fille est reconduite.

Infirmières et médecin sont sur mon dos, si je puis dire. Moi, sur le côté.

Elle s’y prendra à plusieurs reprises, lavement à l’appui. C’est trop profond qu’elle dit, le médecin (c’est une femme). J’ai, malheureusement, découvert cette violence intime. Cette fois-ci pour la bonne cause.

Ca sort. Gros fécalome. Elle a jamais vu ça. Enorme. C’est une occlusion rectale. Je ne suis pas soulagé pour autant. Une partie de mon anatomie en a profité et a fichu le camp. Tout est à l’extérieur. Il faut repousser le tout vers l’intérieur. Et c’est reparti. J’ai réveillé tout le quartier. Mais je ne sais plus quelle heure il était.

La pression est enfin redescendue. Je n’en mène pas large. Je frissonne. On prend mes constantes (température, tension, oxymétrie). Qui ne le sont pas du tout d’ailleurs. Ca sent l’infection.

Monsieur ! On vous emmène au scanner pour un contrôle. Moi qui pensai en avoir terminé. Une bonne nuit de repos et je redis bonjour à mon carcinome. C’est raté.

Je dois avoir un air déçu. La doctoresse, sévèrement : Il était moins une. Votre fille vous a peut-être sauvé la vie.

C’est alors l’urologue qui vient me voir. Vous ne voyez pas le rapport. Moi non plus. Patientez. Vous saurez.

Vous avez un calcul. Un très gros, qu’il me dit. Quatorze millimètres de diamètre. A la jonction pyélo-urétale. Pour dire plus simplement le calcul obstrue la sortie du rein gauche vers l’uretère chargée d’évacuer les urines vers la vessie. Le rein se bloque. Ce qui a provoqué une infection rénale sévère. Il faut intervenir rapidement. Celle-ci consistera à la mise place d’une sonde 2J. Une sorte de tuyau, bouclée aux deux extrémités, fixée entre le rein et la vessie. Tout se fait par les voies naturelles. Oui c’est petit pour faire entrer un tuyau de 25 cm en double crosse. Heureusement, c’est sous anesthésie générale.

Je me réveille. On me ramène. Je vais mieux. Les puissants antalgiques ont fait de l’effet.

L’urologue vient me retrouver deux heures plus tard.

Je ne le sens pas de très bonne humeur. Il a peut-être des soucis personnels. Pas du tout.

Monsieur, me dit-il, on n’a pas pu réaliser les actes chirurgicaux prévus. C’est inaccessible. J’ai essayé de perforer le calcul, pour faire passer la sonde. C’est un échec.

On recommence dans deux heures par une autre méthode, avec le chirurgien néphrologue.

Dans l’urgence et la perspective d’une aggravation fonctionnelle, il va réaliser une néphrotomie, sous contrôle en monitoring. Cette intervention se réalise sous anesthésie locale. Je vais tout voir. On installe une sonde par perforation dans le dos au niveau du rein, afin d’évacuer des résidus de calculs et urine vers une poche externe.

Si ça se dégage, on retentera, vendredi, la pose de la sonde double J. Cette fois-ci je suis là pour un moment. Mais peu importe. J’ai beaucoup moins mal.

Vendredi 9 juin.

Nouvelle intervention. Nouvelle anesthésie. On va retirer la sonde de néphrotomie et placer la sonde double J. Celle-ci court-circuite l’uretère gauche, afin d’éliminer plus facilement le calcul se désagrégeant. On en profite pour mettre en place une sonde urinaire. Vous savez, celle sur laquelle il ne faut pas se prendre les pieds.

Deux heures et demi plus tard, je suis à nouveau en chambre, flanquée de deux sondes et tous les tuyaux du cathéter. Ca me ramène aux souvenirs de décembre.

Je vous résume le lien de cause à effets de mes déboires.

  • Calcul présent dans mon rein depuis plusieurs mois, grossissant dans le temps.
  • Dilatation de l’uretère et blocage du rein gauche.
  • Infection rénale provoquant, par réaction, une
  • Rétractation intestinale
  • Colite néphrétique
  • Occlusion intestinale

La suite aurait pu être la grande porte vers ailleurs.

Le caillou est toujours là. Il faudra, au minimum, plusieurs semaines pour le résorber.

Lundi 13 juin

Je sors aujourd’hui. Ce n’est qu’un au-revoir. Il faudra retirer la double J.

Il y a deux choses qui me chiffonnent. Le rendez-vous avec le Professeur Garrel a été reporté. Il devait m’annoncer les résultats du traitement radio. C’est remis à plus tard.

La seconde, c’est que, quand ça va mieux, ça va toujours pas. C’est comme une automobile. Quand vous commencez à changer des pièces et que les problèmes s’accumulent, au bout d’un moment, votre vieux tacot, vous préférez en changer. Parce que vous n’avez plus confiance en lui.

J’ai pas tant de kilomètres que ça au compteur. Cela dit, je commence à douter. Une ombre a fait son apparition.

Mais quand il y a une ombre, c’est qu’il y a du soleil quelque part.

Ma fille a montré qu’elle pouvait revêtir l’habit de futur médecin.

Et je suis toujours là, à faire le rabat-joie.

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