14 . Le fil

Coucou les amis.

J’espère que vous profitez bien de l’été.

Les poissons, eux, ne prennent pas de vacances. Surtout avec le crabe à l’affut. Vous me direz, ils sont à la mer toute l’année, ceux-là. Bon, mais les vacances c’est pas ça. Les vacances, c’est partir. C’est, changer d’air, changer de peau. Les câlins à volonté, si c’est possible. Pas ennuyé par les soucis quotidiens. Ou moins. Même les chômeurs ont droit aux vacances. S’ils peuvent bien sûr. Pas les poissons. Pas les malades. La sécu, elle veut pas. La double peine. Ou alors, il faut faire un courrier bien argumenté pour sortir du département. En même temps, comme dirait notre président, il y a tellement d’abus.

Par exemple, l’autre fois, j’ai vu un poisson essayer d’attraper un fil pendu à une espèce de bâton. Il s’amusait comme un fou, gigotant, tournoyant, mordant avec ténacité cette cordelette et dont un monsieur très énervé avait du mal à se débarrasser, même en tirant de toutes ses forces. Si c’est pas abuser de la part du poisson.

Justement, comme je ne suis pas en vacances. Je suis chargé de la garde des poissons. Ils s’appellent Roma et Nichel. Non, rien à voir. Ils sont plutôt sédentaires. Ils sont à Romain et Johanna. Non, non, ils ne sont pas en vacances. Ils travaillent. Mais comme j’ai l’air de rien faire de la journée, je suis de planton. Vous allez voir qu’ils vont les abandonner, l’air de rien. Ni vu, ni connu, j’t’embrouille. On m’a déjà fait le coup pour les chats. Ne soyez jamais malades. Ne prenez pas votre retraite. C’est un calvaire. Je vais partir à l’étranger avant qu’ils aient des enfants. Le papy gâteau. manquerait plus que ça.

A propos de bête. J’ai aussi regardé une scène révoltante à la télé. Unes espèce de vache en furie fonçant sur un malheureux jeune homme déguisé, essayant de se défendre comme il pouvait avec une espèce de cape rouge. L’animal était tout rouge de furie, sanguinolent de colère. Il y avait du monde tout autour et personne n’intervenait pour défendre l’imberbe innocent.

Celle-là, elle était pas en vacances non plus, je suppose. Je parle de la bête bien entendu. Laquelle vous allez me dire ?

Mon médecin non plus, n’a pas pris de vacances. Il a fait un AVC.

Rassurez-vous, il va relativement bien. Il est venu me voir pour m’apporter mon dossier médical. Toutes les notes sur des fiches « Bristol ». Il est de l’ancienne génération. Il goûte peu l’informatique. Mon doc, il ne peut plus exercer. Il s’en va avec mes petits secrets. Vingt deux ans, ça fait du monde. Il va me manquer. Qui va pouvoir reprendre le fardeau ?

Je n’ai plus aucune raison de me plaindre. Mon caillou a fichu le camp. Hospitalisation ambulatoire.  Une double J pour évacuer le sable restant et deux semaines plus tard, le 7 août, retrait de la sonde. Enfin libéré. Ceux qui ont déjà eu des coliques néphrétiques savent de quoi je parle.

Concernant mon KC. Je sors la tête de l’eau, si je peux dire en tant que poisson.

Petit rappel succinct :

Les cancers ORL rares peuvent atteindre : langue, mandibule, plancher buccal, joue, palais, lèvres, amygdale, voile du palais, larynx, corde vocale, pharynx, sinus, nez, fosse nasale, base du crâne, orbite, glandes salivaires principales (parotides) et secondaires, oreilles.

Ils sont rares dans la mesure où ils touchent moins de 6 nouveaux patients pour 100 000 habitants par an, ou dont la complexité impose une prise en charge hautement spécialisée.  Ces cancers, souvent mal connus car peu fréquents, sont difficiles à diagnostiquer et leur traitement n’est pas toujours consensuel. (Source REFCOR).

Ils ne sont pas la conséquence d’une pratique ou un comportement particulier (Tabac, Alcool, nutrition, etc.)

Ceux-ci sont fréquemment agressifs et ont des conséquences redoutables au quotidien. Perte de goût, difficultés de déglutition, paralysie faciale, douleurs, acouphènes, pertes de la voix, atteintes osseuses nécessitant de la reconstruction, pose de canule, greffe, etc. Certains malades pourraient faire partie du club 14-18 (les gueules cassées). Il faut y ajouter les effets secondaires à court et à long terme des traitements. Chirurgie, Radiothérapie et chimiothérapie.

En ce qui me concerne, c’est la parotide droite. Elle ne m’embête plus celle-là. Elle est aux Etats-Unis pour un test moléculaire. (Pas de nouvelle, bonne nouvelle ?)

Reste ma paralysie faciale.

Malgré mon assiduité aux séances de kiné faciale, je ne perçois pas de progrès. Ma demi-face immobile me fait ressembler à certains portraits de Picasso.

Je persiste à écrire. Je continuerai après ma guérison. Pas pour mon cerveau. Ni pour mon cœur. Celui-là, il répète tout à mon cerveau. Non. Pour mon ventre d’abord. Il m’embête tout le temps. Ca ne date pas d’hier. Ca fait des années. Depuis toujours peut-être. Ceux qui me connaissent bien le savent. Alors écrire m’apaise. Comme un gant chaud qu’on pose sur son nombril. Un verre d’alcool qui fait fuir ses appréhensions. Un massage qui câline ses intestins.

Et puis pour vous. Qui m’encouragez à poursuivre. Qui prenez plaisir à me lire. Car c’est l’essentiel. Le contenu importe moins que la façon de l’écrire.

Si vous me suivez, je vous emmènerai vers un petit peu de bonheur en plus.

Pablo_Picasso_Le_Baiser_Mougins_1969_Musee_national_Picasso_Paris_Dation_Pablo_Picasso_1979_MP220_RMN_Grand_Palais_Musee_national_Picasso_Paris_Berizzi_Jean_Gilles_Berizzi_Succession_Pic

Pablo Picasso Le Baiser Mougins 1969_Musee_national_Picasso_Paris_

 

13 réflexions sur “14 . Le fil”

  1. Comme tu dis, « relativement bien ».
    A propos je me suis rendu chez mon fils à Magalas pendant quatre jours et je n’ai pu te rendre visite.
    Il est vrai que de Paris, Béziers et Montpellier ça se touche, mais quand on est sur place, ça change la donne.
    Il n’y a pas loin de 100 kms entre les deux villes.

    Aimé par 1 personne

  2. Tu m’as inspiré Max !
    « Du fil rouge qui oriente et nous mène, au fil du rasoir qui nous tempère, il existe le fil dentaire qui nettoie (*), le fil de pêche qui attrape, le fil de l’araignée qui retient, le fil de la vie qui maintient, le fil de l’histoire qui passionne, le fil d’Ariane qui nous guide.
    Entre les deux rives du Styx, entre deux pentes ou deux côtés, de l’ubac à l’adret, il y a les hauts et les bas, le flux et le reflux, la tempête et le ressac, et la mer étale.
    Tous les sept ou neuf vagues une plus grosse que les autres balaie tout, emporte châteaux de sable serviettes oubliées et transats pour toujours disparaître comme les autres et revenir sans cesse aussi surement qu’inévitablement.
    Du catgut qui recoud les plaies au séton qui élimine les impuretés, nos fils actuels, nous sommes entre deux mondes, l’avant et l’après. Mais entre hier et demain existe aujourd’hui même, profitons ici et maintenant de l’instant présent. »
    (*) je ne pouvais pas m’en empêcher !

    Aimé par 1 personne

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s