26 – Manque

28 février 2018

Y’a plus de saison, qu’ils disaient. L’hiver à rallonge, oui ! Venez voir. Vingt centimètres de poudreuse, du côté de chez moi, près de Montpellier. Non, rien à voir avec le titre. Même les yeux des vieux n’ont jamais vu ça, par ici. Valait mieux pas aller au boulot. Sinon, c’était dodo sur le bureau. Ou dans l’auto, toute la nuit. Et gueule de rincé, dès potron-minet.

La neige, c’est bien quand tu skies. Ou que tu regardes jouer les mômes. Sinon, c’est pour la photo. Y’a cette l’odeur que j’aime bien. Cette si particulière senteur de la neige. Et ce silence. Absence des voitures, coincées sur l’autoroute. Après, c’est la gadoue, dans les faubourgs. Du coup, j’ai raté mon rendez-vous post-op.

J’ai été grognon, ces derniers mois. Je ne peux pas tout raconter. J’ai des circonstances atténuantes.

Je m’plains beaucoup, c’est vrai. Mais y’en a d’autres…

Parfois, quand on apprend mon histoire, il se trouve toujours un gus pour me dire : Oui, je compatis. J’ai moi-même un grand oncle de quatre vingt quinze ans qui a une petite mine ces jours-ci.

Ou bien : tu sais, moi aussi, j’ai des soucis. Je me suis tordu la cheville et je ne peux plus courir pendant quinze jours. Et avec bonne intention, le type me dit : Et alors, tu vas pas si mal. Ca y est ! T’es guéri, mon vieux.

Vous avouerez que c’est agaçant.

Cela dit, c’est vrai. Si on néglige la paralysie faciale définitive. Les soins oculaires multi-quotidiens ou autres gouttières fluorées à vie. Et l’angoisse de la récidive…

 Mais, le plus difficile, c’est l’absence de sourire.  Et de rire à pleines dents.

Et ça me manque.

16 mars 2018

 Une de mes voisines est atteinte de ces diverses affections articulaires, Spondylarthrite ankylosante des mains, poly arthralgie, polyarthrite rhumatoïde, algodystrophie. Elle a des morceaux d’os qui poussent sur ses phalanges, ses orteils, ses coudes, ses genoux. Inopérable qu’elle me dit. Elle en souffre terriblement. Maintenant, elle doit aussi se consacrer à son mari. AVC et problèmes vésicaux. Elle s’occupe. Toute la journée. Il y en a des choses à faire dans sa maison. Elle me raconte que son heure de déprime se situe entre dix huit et dix neuf heures. Passage à vide. C’est le moment de la journée où il fait la sieste. La pause pour elle.

Quatre-vingts ans, la nana. Et elle me tient la conversation en souriant.

Stephen Hawking est mort le 14 mars. Soixante seize ans. Le corps ratatiné par la sclérose latérale amyotrophique (maladie de Charcot). En état de paralysie musculaire quasi totale à la fin de sa vie. Se trimbalant dans son « caddie » élaboré spécialement pour lui. Mais, il avait toute sa tête, le type. Bien faite. Même beaucoup plus que tout le monde. La seule partie intacte de ce corps meurtri, ou presque. Il s’est marié deux fois et a eu trois enfants. Qu’a-t-il pu faire de sa vie, se demanderait-on, s’il n’était pas célèbre ? Il a seulement découvert le rayonnement des trous noirs (rayonnement de Hawking), élaboré le théorème sur les singularités, établi un lien entre l’infiniment petit (mécanique quantique) et l’infiniment grand (relativité générale d’Einstein). Tout cela lié à la naissance de l’univers… Avec pédagogie et humour.  Physicien de la cosmologie, professeur de mathématiques à l’université de Cambridge.

Il a pas laissé d’ardoise, le gars.

Deux exemples parmi d’autres. Pourquoi je vous raconte ça ?

Ben, il faudrait arrêter de se lamenter.

Rendez-vous avec Le Dr Galmiche, ma chirurgienne, qui a réalisé la myoplastie faciale. Je l’avais loupée deux fois. La seconde, à cause de la neige. Vous pensez bien qu’après la première consulte post-opératoire que j’avais mal vécue, j’étais un peu anxieux. Je ne sais pas si c’est moi qui ai changé d’attitude, mais cela s’est vraiment bien déroulé. Très attentionnée, la doctoresse. Souriante, précise dans ses explications, satisfaite du résultat de l’opération (voir chapitre précédent). J’étais moi-même dans de bonnes dispositions, la remerciant, sans obséquiosité, pour la qualité de son travail. Elle m’a proposé deux interventions supplémentaires afin d’affiner la symétrie et limiter la tension du côté sain. Mais, y’a pas de miracle, qu’elle me dit. Vous ne retrouverez plus votre visage d’avant.

C’est pas grave, j’ai pas l’intention d’aller en boite, que je lui fais.

Je veux juste arrêter de faire la gueule. (A l’insu de mon plein gré, bien sûr)

Place du Tertre - mars 2018

Place du Tertre – Paris – mars 2018

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